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Le Programme de Santé des Mollusques des Maritimes et Son Rôle dans la Conchyliculture et la Surveillance Environnementale

Sharon E. McGladdery and Mary F. Stephenson


Introduction
Au cours des trente dernières années, la production de mollusques et la conchyliculture ont connu une importante croissance au Canada atlantique, notamment grˆce à une intensification des efforts d'optimisation des taux de croissance et de la productivité. Par ailleurs, l'accroissement notable de la surveillance et de la manipulation des stocks a permis de détecter plus tôt certains problèmes sanitaires, comme les retards ou les anomalies de croissance, les difficultés de reproduction, la présence de bivalves bˆillants et les mortalités. Cependant, l'intensification des transferts et l'accroissement des densités des populations ont aussi augmenté les risques d'introduction accidentelle de nouvelles maladies ou d'organanismes nuisibles ainsi que de prolifération d'organismes opportunistes en nombres suffisants pour affecter les coquillages. À la fin des années 80, vu les besoins accrus de cette industrie florissante en matière de protection de la santé des mollusques, le MPO a créé un Programme de santé des mollusques au Centre des pêches du Golfe (CPG) de Moncton. La création de ce programme était l'aboutissement d'un riche passé en matière de recherche sur la santé des mollusques, remontant aux années 30 avec la création par le MPO du Centre de recherches sur les mollusques d'Ellerslie, à l'ÎleduPrinceÉdouard, en réponse aux ravages causés par la maladie de Malpèque chez l'huître creuse américaine (Crassostrea virginica). Le rétablissement des populations d'huîtres vers la fin des années 60 et dans les années 70 a ralenti la recherche sur les maladies des mollusques, mais, particulièrement depuis 20 ans, on observe une reprise avec le développement de la conchyliculture et les efforts de mise en valeur de la ressource.

Dommages de coquille dans l'huître américaine

Figure 1. Coquilles d'huîtres (Crassostrea virginica) endommagées par une éponge perforante (Cliona sp.) et des vers polychètes perforants (Polydorasp.).

Actuellement, le MPO administre les deux seuls laboratoires entièrement consacrés à la santé des invertébrés, l'un à la Station biologique du Pacifique, à Nanaimo (C.B.), et l'autre au Centre des pêches du Golfe, à Moncton (N.B.).

Le personnel du Programme de santé des mollusques du CPG se compose de deux employés à temps plein, d'étudiants des cycles supérieurs (travaillant sur place et à l'extérieur), d'étudiants du premier cycle participant à un régime coopératif, de même que de stagiaires occasionnels d'autres institutions. Il y a collaboration étroite avec l'industrie, qui a contribué à la constitution d'une riche collection de matériel de référence couvrant une vaste gamme de mollusques, surtout des huîtres, des moules, des myes et des pétoncles (McGladdery et al., 1993). Dans le cadre du Programme, on réalise aussi des recherches sur les problèmes affectant la santé et la commerciabilité des coquillages du Canada atlantique et fournit des services de diagnostic aux conchyliculteurs, aux ministères provinciaux et aux universités. Les résultats des recherches et le matériel diagnostique sont par ailleurs utilisés pour enseigner aux étudiants, aux conchyliculteurs et aux gestionnaires comment faire un examen visuel dans le cadre de leurs activités de surveillance de la santé de leurs coquillages. On s'en sert aussi pour fournir des avis concernant les risques de maladie liés au déplacement de mollusques vivants.


Activités de Recherche Développement de la Conchyliculture
Contrairement à certaines autres grandes régions coquillières du globe, le Canada atlantique n'est frappé actuellement par aucune maladie grave des mollusques. Cependant, l'industrie conchylicole y connaît certains problèmes sanitaires qui font l'objet d'un vaste éventail de projets de recherche. Certains de ces projets ont trait aux problèmes d'apparence des produits qui peuvent nuire à leur commercialisation, comme les dommages causés aux coquilles par les éponges perforantes (Cliona spp.) et les polychètes perforants (Polydora spp.) (fig. 1), tandis que d'autres visent des maladies proprement dites. Quelques exemples de ces projets sont présentés cidessous.

La maladie de Malpeque dans l'huître américaine

Figure 2a. Maladie de Malpèque chez l'huître creuse américaine (Crassostrea virginica) - abcès (flèches ).

Micrographe léger d'une section de tissu par une huître malade de Malpeque

Figure 2b. Microscopie optique d'une coupe tissulaire d'une huître souffrant de la maladie de Malpèque. Notez l'abcès (A), les tubules digestifs (TD) et les gonoductes (G) rétractés, et l'accumulation de céroïde (flèches). Coloration : hématoxyline et éosine. Le segment du coin inférieur droit représente 500µm

Recherche sur la maladie de Malpèque. La maladie de Malpèque (fig. 2a, b) a été l'une des premières maladies épizootiques signalées chez les coquillages. Elle a frappé l'huître creuse (Crassostrea virginica) dans la baie Malpèque, à l'ÎleduPrinceÉdouard, au début du siècle par suite de transferts de naissains apparemment sains provenant de la NouvelleAngleterre (Needler et Logie, 1947). La maladie s'est répandue partout autour de l'Î.P.É. dans les années 30, puis sur le littoral néobrunswickois du Golfe dans les années 50. La descendance des huîtres qui ont survécu aux diverses épizooties a développé une résistance à cette maladie, qui semble aujourd'hui à peu près disparue (Drinnan et Medcof, 1961; McGladdery et al., 1993) (fig. 3). Normalement, on devrait s'en réjouir, mais des essais récents de transplantation d'huîtres "vulnérables" (c.àd. qui n'ont pas été exposées à la maladie dans le passé et n'ont donc pu développer de résistance) du Cap Breton à l'Î.P.É. et sur le littoral néobrunswickois du Golfe ont montré que les huîtres du sud du golfe du SaintLaurent peuvent encore infecter ces huîtres vulnérables (McGladdery et Stephenson, données inédites). Ainsi, même si les huîtres du Golfe paraissent saines, le fait qu'elles puissent transmettre la maladie de Malpèque interdit leur transfert dans des secteurs où cette maladie n'a jamais sévi. Les recherches visant à identifier l'agent pathogène se poursuivent, et on espère mettre au point des outils diagnostiques sensibles à cet agent qui permettraient de détecter les huîtres porteuses résistantes. On pourrait ainsi établir la distribution véritable du pathogène au Canada atlantique, et peutêtre en NouvelleAngleterre, et distinguer les porteurs sains des huîtres non infectées. Ces recherches permettraient aussi de découvrir les facteurs responsables du développement rapide de la résistance ou de la tolérance au pathogène.

État actuel de la maladie de Malpeque dans le Maritimes

Figure 3. Situation actuelle de la maladie de Malpèque dans les Maritimes

Néoplasie de la mye. Comme beaucoup d'autres bivalves, la mye (Mya arenaria) peut souffrir de maladies néoplasiques. Un des néoplasmes de la mye les mieux connus est dû à la néoplasie hémocytaire (fig. 4a, b), qui est présente au Canada atlantique (Morrison et al., 1993), mais n'a pas été associée aux mortalités massives attribuées à la même maladie dans la baie Chesapeake, en Virginie (Farley et al., 1986). Dans le cadre de ses travaux de doctorat1 sur les maladies des bivalves fouisseurs, Bacon (comm. pers.) n'observe que de faibles prévalences (<4%) de néoplasie hémocytaire dans la baie de Fundy et le golfe du SaintLaurent, et, bien que cette maladie ne soit pas un problème sanitaire important, il demeure intéressant de l'étudier d'un point de vue environnemental. L'existence de corrélations positives entre la prévalence de l'infection et les polluants aquatiques, observée également dans le cas d'autres néoplasmes, laisse croire en une relation de cause à effet (Leavitt et Capuzzo, 1989; Gardner et al., 1991). On espère que les données recueillies dans le cadre de cette étude réalisée conjointement par l'Université du NouveauBrunswick et le MPO constitueront une base solide pour un examen plus approfondi de ce problème sanitaire environnemental dans un avenir rapproché. À cet égard, les progrès récents dans le domaine des anticorps monoclonaux permettant de détecter les cellules néoplasiques (Bachère et al., 1995) devraient s'avérer très utiles étant donné que ces anticorps permettent de détecter les néoplasmes dès leurs premiers stades de développement, qui peuvent facilement être pris pour d'autres types d'altérations hémocytaires quand on utilise plutôt des méthodes diagnostiques courantes, comme les examens histologiques. Les essais immunologiques permettront aussi d'examiner des échantillons beaucoup plus gros.

Palourde normale de doux-coquille

Figure 4a. Hémocytes normaux de mye(Mya arenaria). Coloration : hémotoxyline et éosine. Le segment représente 25µm

Palourde néo-plastique de doux-coquille

Figure 4b. Hémocytes néoplasiques de mye(Mya arenaria). Coloration : hémotoxyline et éosine. Le segment représente 25µm

Une autre néoplasie récemment détectée chez les myes du nord du golfe du Maine (Barber, 1996) affecte les cellules épithéliales germinales des gonades. La prolifération des cellules épithéliales obstrue la lumière des gonoductes peu après l'infection. Le néoplasme évolue en envahissant les gonoductes pour gagner ensuite d'autres tissus. Bacon et Barber (données inédites) ont récemment détecté la même maladie lors d'examens de coupes histologiques de gonades de myes recueillies par S.M.C. Robinson (MPO, Station de biologie de St. Andrews) dans le cadre d'une étude sur la ponte dans la baie de Fundy menée en 19901991.

Micrographe léger d'huître européenne

Figure 5. Microscopie optique d'hémocytes d'une huître plate (Ostrea edulis) attaqués par le protiste parasitaire Bonamia ostreae (flèches). Coloration : hémotoxyline et éosine. Le segment représente 15µm

Moule bleue

Figure 6. Tissus d'une moule bleue (Mytilus edulis) attaqués par des larves sporocystiques (flèches) du ver plat digénien Prosorhynchus squamatus

On cherche actuellement à savoir si cette maladie sévit ailleurs au Canada atlantique et à déterminer si elle a un effet sur la dynamique du recrutement des populations infectées (Barber, 1996). Cette étude est réalisée en collaboration avec Bruce Barber, de l'Université du Maine, et Shawn Robinson, de la Station de biologie de St. Andrews du MPO.

Bonamiase de l'huître plate. L'huître plate européenne (Ostrea edulis) a été introduite au Canada atlantique dans les années 70 et 80 pour y être cultivée (Newkirk et al., 1995). La gamétogenèse étant inhibée par l'eau froide et faiblement salée, les géniteurs hivernent en écloserie. Comme cette huître a une grande valeur sur le marché et ne connaît pas de problème sanitaire, les opérations nécessaires pour l'hivernage n'empêchent pas l'exploitation d'être rentable. Il est particulièrement intéressant que les populations du Canada atlantique n'aient jamais été infectées par Bonamia ostreae, un protiste microscopique (fig. 5) qui envahit des ostréicultures d'huître plate en d'autres endroits depuis le début des années 70. Vu cette absence de maladie, on a veillé à empêcher tout transfert d'huîtres du Maine et d'ailleurs vers le Canada atlantique, mais, en contrepartie, l'exportation des naissains des Maritimes soulève un vif intérêt. Cependant, on peut se demander comment se comporteraient les huîtres plates du Canada atlantique dans des eaux où sévit B. ostreae. Cette question est étudiée par Bruce Barber et son étudiant au doctorat Ryan Carnegie, de l'Université du Maine, en collaboration avec Tristan Renault, de l'IFREMER (France). Dans le cadre de ces travaux, on expose un stock canadien non infecté à des huîtres infectées au Maine et en France, ainsi qu'au parasite isolé. Par ailleurs, on utilise aussi des huîtres plates des Maritimes pour étudier de nouveaux outils diagnostiques mis au point pour détecter B. ostreae. Comme dans le cas de la maladie de Malpèque, les porteurs asymptomatiques de B. ostreae sont extrêmement difficiles à repérer au moyen des outils diagnostiques courants (coupes histologiques et frottis sanguin). Cela complique le repérage d'huîtres témoins non porteuses dans les secteurs enzootiques et fait que les populations jamais infectées, comme celles du Canada atlantique, sont recherchées pour les tests de spécificité et de sensibilité des nouveaux outils diagnostiques.

Squamatus de Prosorhynchus

Figure 7. Préparation d'une cercaire de Prosorhynchus squamatus entière montrant sa queue trilobée caractéristique. Contraste de phase. Le segment représente 25µm

Digénien parasitant la moule bleue: En 1997, on a observé une forte prévalence de larves d'un digénien (Plathelminthes), Prosorhynchus squamatus, chez les moules bleues (Mytilus edulis) à un seul endroit en NouvelleÉcosse (fig. 6). C'était la première observation confirmée de ce parasite chez les moules du Canada atlantique (McGladdery et Stephenson, 19972), les observations antérieures n'ayant été effectuées que dans des coupes histologiques de spécimens isolés du NouveauBrunswick et des îles de la Madeleine. Les dissections des moules infectées de la NouvelleÉcosse ont révélé la présence de cercaires, avec leur queue trilobée caractéristique (Matthews, 1973) (fig. 7) confirmant qu'il s'agissait bien de P. squamatus, parasite déjà décrit par suite de sa détection chez M. edulis et M. galloprovincialis dans le nordouest de l'Europe et en GrandeBretagne (Coustau et al., 1990). Dans le cas des observations antérieures réalisées au Canada atlantique, la santé des moules ne paraissait pas affectée, mais les moules infectées de la NouvelleÉcosse montraient des signes de faiblesse, avec des cas de mortalité, et une conservabilité réduite. Le parasite finit par envahir tout le corps de son hôte, en commençant par les gonades. En collaboration avec l'Aquaculture Association of Nova Scotia, des mytiliculteurs et des biologistes des gouvernements de la NouvelleÉcosse et de l'ÎleduPrinceÉdouard spécialisés dans l'aquaculture, on étudie le cycle vital et la dynamique saisonnière de ce parasite pour établir pourquoi il est si abondant au site où on l'a trouvé et s'il peut gagner d'autres secteurs abritant des moules.

Micrographe léger de QPX

Figure 8. Microscopie optique des tissus d'une palourde américaine (Mercenaria mercenaria) attaquée par le QPX ("quahaug parasite X"; un champignon chytridoïde). Coloration : hémotoxyline et éosine. Le segment représente 25µm

Parasite inconnu (QPX pour "quahaug parasite unknown") infestant la palourde américaine: Le QPX est un organisme fongoïde observé pour la première fois par Drinnan et Henderson (1963) (figure 8) chez des palourdes américaines, Mercenaria mercenaria, tuées par ce parasite sur le littoral néobrunswickois du Golfe. Depuis, le QPX n'a généralement pas causé de graves problèmes au Canada atlantique, sauf dans certains stocks de géniteurs d'écloserie (Whyte et al., 1994). Par contre, il a entraîné des mortalités massives de palourdes américaines au Massachusetts et en Virginie (Smolowitz et Leavitt, 1997, CalvoRagone et al., 1997). On ne s'explique pas très bien cette différence de virulence entre le Canada et la NouvelleAngleterre, mais un étudiant au doctorat qui travaille sur les maladies des bivalves fouisseurs examine la dynamique de ce parasitisme, caractérisé notamment par le fait que les juvéniles exposés ne semblent pas être parasités (Bacon, comm. pers.). Ce travail, réalisé en collaboration avec l'écloserie de coquillages d'Ellerslie (ministère des Pêches et de l'Environnement de l'Î.P.É.), intéresse les chercheurs du Woods Hole Laboratory du Massachusetts et de celui du laboratoire de la NOAA-DNR à Oxford (Maryland), qui se penchent sur les mortalités observées au Massachusetts et en Virginie.

Micrographe léger des corps hepatopancreal d'inclusion d'épithélium

Figure 9. Microscopie optique d'inclusions (flèches) dans l'épithélium hépatopancréatique d'une crevette grise(Crangon septemspinosa) . Coloration : hémotoxyline et éosine. Le segment représente 25µm

Maladies des huîtres perlières: Par suite de mortalités massives observées chez des huîtres perlières (Pinctada maxima et Pteria penguin) recueillies dans le milieu naturel puis transférées dans des sites de grossissement aux Philippines, le Bureau of Fisheries and Aquatic Research (BFAR) des Philippines a entrepris une étude du problème avec le Programme de santé des mollusques du CPG (Reantaso et McGladdery, 19973). Avec l'accroissement de la pression exercée sur les populations déclinantes d'huîtres sauvages, les ostréiculteurs se sont montrés intéressés à connaître les causes de ces mortalités et à établir des mécanismes de surveillance et d'amélioration de la santé de leurs stocks, la croissance des perles n'étant optimale que chez les huîtres saines. Peu de travaux sur les maladies des huîtres perlières ont été réalisés (Pass et al., 1987; Norton et al., 1993), de sorte qu'on a d'abord effectué un relevé de base des principales espèces d'huîtres perlières. On a aussi enseigné sur place au personnel de plusieurs perlicultures comment réaliser une évaluation sanitaire et recueillir des échantillons. On a en outre conseillé le personnel de la Fish Health Unit du BFAR sur l'élaboration d'un programme sanitaire pour les mollusques, notamment en ce qui a trait aux protocoles de diagnostic, pour aider l'industrie perlière. Le matériel recueilli pour ce travail a été examiné par M. Reantaso, du BFAR, et le personnel du Programme de santé des mollusques du CPG en 1997, et servira à la rédaction d'un manuel de référence sur les maladies courantes et inhabituelles chez les huîtres perlières et d'autres bivalves des Philippines (Reantaso, 1997).


Surveillance Environnementale
Dans le cadre du Programme de santé des mollusques du CPG, en plus d'étudier les maladies infectieuses des mollusques, on effectue également des recherches sur les effets des facteurs environnementaux sur la santé des invertébrés (mollusques et crustacés). Les mollusques se prêtent particulièrement bien à ce genre de recherches vu leurs relations physiologiques étroites avec les composantes microbiotiques et abiotiques des sédiments et de la colonne d'eau. On a à ce jour terminé deux études préliminaires qui devraient servir de base à d'autres recherches de ce genre.

Examen brut d'huître

Figure 10. Examen superficiel visant à détecter chez les huîtres (Crassostrea virginica) toute lésion externe pouvant avoir un impact sur les tissus mous internes

Relevé des maladies des invertébrés d'estuaires du golfe du SaintLaurent: On a réalisé un relevé histologique des maladies de la crevette grise (Crangon septemspinosa), de la moule bleue (Mytilus edulis) et du crabe commun (Cancer borealis) à partir d'échantillons prélevés dans cinq estuaires du golfe du SaintLaurent. Trois de ces estuaires (Pictou, Miramichi et Restigouche) reçoivent les effluents d'usines de pˆte, a papier tandis que les deux autres ont servi de témoins négatifs. Les travaux ont été effectués par J.P. OchiengMitula, un histopathologiste du Programme de santé des mollusques, en collaboration avec S.C. Courtenay, directeur du programme de toxicologie aquatique de la Division des études environnementales du CPG. Les résultats préliminaires ont révélé la présence d'une grande variété de parasites et de maladies, dont quelques uns affichaient des variations d'un estuaire à l'autre. Cependant, les variations observées n'étaient pas constantes, certains parasites et maladies étant plus abondants dans les estuaires pollués, tandis que d'autres y étaient moins abondants.

Collection de spécimen d'huître américaine

Figure 11. Collection de tissus d'huître creuse américaine (Crassostrea virginica) pour microscopie optique

De plus, certaines pathologies tissulaires montraient des étiologies multiples, de sorte qu'on ne pouvait supposer que l'agent causal dans un estuaire donné était le même que dans un autre estuaire. On s'est cependant particulièrement intéressé à la présence d'inclusions de corps pathologiques dans l'épithélium hépatopancréatique de certaines crevettes grises qui ressemblait aux importantes infections virales des pénaéïdes de culture (Lightner et Redman, 1992) (fig. 9). Comme il s'agit de la première recherche histopathologique documentée sur cette espèce de crevette, on devra effectuer d'autres travaux pour identifier les inclusions, établir la dynamique des infections observées et déterminer s'il s'agit d'une histopathologie spécifique ou générale (OchiengMitula et McGladdery, 1997a).

État sanitaire d'invertébrés exposés à un déversement de tourbe dans la Richibucto: On a prélevé des échantillons de crevettes grises et de myes en amont, en aval et au lieu même d'un site de déversement de tourbe dans le ruisseau Mill, un bras de la Richibucto. Selon les observations histopathologiques préliminaires, de nombreuses myes étaient infectées par des bactéries intracellulaires (rickettsies), mais les infections étaient généralement légères, de sorte qu'on ne pouvait pas parler véritablement de maladie (OchiengMitula et McGladdery, 1997b). On a aussi détecté des infections rénales dues à un protiste coccidien et un déplacement des gonades lié à la présence d'un digénien (semblable à celui des moules décrit plus haut), mais, encore une fois, sans qu'on puisse les corréler distinctement avec la localisation des myes par rapport au panache de tourbe ou y voir un état pathologique véritable. On n'a détecté aucune morbidité chez les crevettes. Comme dans le cas du relevé sanitaire dans le milieu exposé aux effluents d'usine de pˆte à papier on ne pourra tirer des conclusions qu'après avoir recueilli plus de données.


Activités Diagnostiques
Une bonne partie des activités de recherche décrites plus haut visent à appuyer les services diagnostiques fournis par le Programme de santé des mollusques aux clients qui souhaitent que l'état de santé de leurs bivalves soit examiné. Au nombre des raisons invoquées pour les demandes de diagnostic, on compte des cas de croissance anormale ou de mortalité, ou encore la nécessité de procéder à un examen sanitaire des organismes avant leur transfert dans une autre région. Au cours des dix dernières années, le nombre de demandes de diagnostic est passé de moins de vingt à plus de cent par année, cette activité constituant aujourd'hui pour le Programme une responsabilité à temps plein. Comme on l'a mentionné dans l'introduction, il n'y a heureusement pas de problèmes sanitaires majeurs chez les invertébrés du Canada atlantique; cependant, les cas de mortalité dus à des conditions environnementales sousoptimales ne sont pas rares, et les services diagnostiques sont alors nécessaires pour distinguer ces mortalités de celles causées par des agents infectieux. Par exemple, les mortalités d'huîtres creuses (C.virginica) au printemps sont souvent associées à une faible prolifération planctonique automnale. Dans ces conditions, les réserves énergétiques accumulées par les huîtres avant l'hiver sont faibles. Comme les huîtres se trouvent dans les Maritimes à la limite septentrionale de leur aire de répartition, elles ont fortement besoin de bonnes réserves énergétiques pour survivre au long hiver. Par ailleurs, les mortalités estivales de moules sont aussi liées à des problèmes écophysiologiques. Par exemple, la mortalité est particulièrement importante dans certains stocks de moules des îles de la Madeleine quand les ressources alimentaires sont insuffisantes après la ponte (Myrand et Gaudreault, 1995).

Le dépistage de maladies avant introduction ou transplantation exige un échantillon d'au moins 60 individus pour qu'on puisse détecter un cas d'infection pour une maladie dont la prévalence est de 5% dans une population de plus d'un million d'animaux (Simon et Schill, 1984). On peut cependant prélever un plus petit échantillon dans le cas d'une population limitée, comme celle d'un cheptel d'écloserie. Idéalement, les mollusques doivent parvenir vivants au laboratoire, ou être préservés sur place, pour prévenir toute dégénération postmortem des tissus. On examine l'animal entier, y compris la coquille, étant donné que tout dommage externe peut avoir un effet marqué sur les tissus mous sousjacents.

Par exemple, la réparation chronique de la coquille, donnant lieu à la formation d'ampoules ou de perles (fig.10), requiert beaucoup d'énergie, de sorte que la gamétogenèse ou les défenses des tissus mous contre des infections autrement bénignes peuvent être entravées (McGladdery et al., 1993).

Le dépistage des maladies se fait la plupart du temps par des moyens histologiques (fig.11) vu qu'il existe peu d'outils diagnostiques immunologiques ou fondés sur les acides nucléiques, de tels outils étant cependant actuellement mis au point (Bachère et al., 1995). De plus, on ne dispose pas de lignées cellulaires autoreproductrices pour détecter les virus des mollusques. Ainsi, les diagnostics prennent beaucoup de temps (le Programme de santé des mollusques prévoit environ trois à quatre semaine pour la réalisation d'un diagnostic), et il faut de l'expérience pour repérer les pathogènes importants et distinguer les lésions normales des lésions anormales. Les examens sanitaires exigés pour les permis de transplantation doivent être réalisés par des diagnosticiens du CPG spécialisés en histopathologie des mollusques. Dans le cadre du Programme de santé des mollusques, on veut étendre cette expertise en formant des diagnosticiens des maladies des mollusques, et on espère que TerreNeuve aura bientôt son propre service d'histopathologie pour réaliser le dépistage prétransplantation (Couturier, comm. pers.4). Comme la plupart des diagnostics ont trait à des demandes d'introduction ou de transplantation, on examine actuellement le matériel de référence recueilli au cours des dix dernières années en vue de cartographier les zones dans lesquelles toutes les moules (M. edulis) ou toutes les huîtres (C. virginica) sont frappées par les mêmes parasites, ravageurs et maladies. Le zonage est presque terminé et permettra de justifier sur la base de données précises quels transferts requièrent ou non un dépistage sanitaire (McGladdery et al., en préparation).

Remerciements
Nous remercions tout particulièrement les collègues et les conchyliculteurs, trop nombreux pour être mentionnés ici, qui ont aidé à faire du Programme de santé des mollusques du Centre des pêches du Golfe ce qu'il est aujourd'hui. Avec leur appui, les activités visant la santé des mollusques sont devenues un élément important du développement de la conchyliculture, grˆce à la collaboration de l'industrie et des gouvernements fédéral et provinciaux.


1 G.S. Bacon, Université du NouveauBrunswick, SaintJean, et CPG;communication personnelle.
2 McGladdery, S.E. and Stephenson, M.F. A parasite castrator of blue mussels, Mytilus edulis from Atlantic Canada.- Atlantic Canadian Association of Parasitologists. - Fredericton, August 1997.
3 Reantaso, M.B. and McGladdery, S.E. Parasites, Pests and Disease of the Pearl Oyster Industry in The Philippines. Atlantic Canadian Association of Parasitologists. -Fredericton, August, 1997
4 Cyr Couturier, Chair, Auaculture Programs, School of Fisheries, Marine Institute, Memorial University of Newfoundland

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Modification : 2003-01-30